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Définition des EHP

Terminologie

Plusieurs termes différents existent pour dénommer les individus présentant des capacités et/ou des performances intellectuelles exceptionnelles. Le rapport européen Eurydice illustre d’ailleurs cette diversité dans la terminologie employée en Europe (voir rubrique « rapports officiels »).

Les termes français utilisés sont : « surdoué », « précoce », « talent », « génie ». Les termes anglo-saxons utilisés sont : « gifted » signifiant doué et « high ability » signifiant aptitude élevée. Ces expressions évoquent néanmoins des aspects différents quant aux capacités intellectuelles exceptionnelles.

Comme le note J. Lautrey (2004), les termes « gifted » et « surdoué » renvoient à la notion de don : dans les représentations le talent correspondaient à un don des Dieux (antiquité). Le terme « précocité » ne présente pas de connotations quant à l’origine des capacités. En revanche il est associé à l’avance observée dans le développement de l’enfant. « Aptitude élevée » désigne surtout les dispositions intellectuelles héréditairement fixées. Le terme talent renvoie à des domaines d’expertise particuliers notamment les disciplines artistiques (musique, arts plastiques…).

Le terme le plus adapté selon notre approche est « haut potentiel ». Il renvoie à la notion de disposition sans qu’il y ait néanmoins de représentation génétique associée. Par ailleurs, il est plus générique que d’autres termes dans le sens où il ne réfère pas à un domaine d’expertise spécifique.

Différences individuelles

Parler d’enfant à haut potentiel (EHP), c’est souvent, implicitement ou explicitement, en comparaison à un enfant « typique » ou « tout-venant ». Il y a en effet à la base de la représentation des EHP une notion de différence « quantitative ». Ainsi, c’est de prime abord un Quotient Intellectuel élevé (significativement au-dessus de la moyenne du groupe) qui permettrait de caractériser un enfant à haut potentiel. Cependant des composantes qualitatives permettent de relativiser une identité de l’EHP uniquement fondée sur un niveau extrême, exceptionnel, atypique d’intelligence.

Des intelligences

Il y a d’abord des différences qualitatives liées au type d’intelligence. Plusieurs théories décrivent l’existence de différents types d’intelligence (Thorndike, 1920 ; Gardner, 2004, Sternberg 1988). Pour Gardner par exemple, il y aurait en plus des intelligences verbo-linguistique et logico-mathématiques, les intelligences visuo-spatiale, musicale-rythmique, corporelle-kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle, et naturaliste. Cette conception pluraliste permet de mettre en évidence des différences entre des EHP en terme de domaine de compétences spécifiques. Ainsi Maker se base sur les intelligences multiples proposées par Gardner pour mettre en place une identification des EHP (Programme Discover).

Des dimensions non intellectuelles

Par ailleurs des dimensions non intellectuelles (ou non exclusivement intellectuelles) peuvent être prises en compte dans l’identification des EHP. Tannenbaum (1986) précise ainsi qu’en plus de l’intelligence et des capacités spécifiques, certaines variables de personnalité (persévérance, force du moi…) font que les enfants à haut potentiel sont « qualitativement » différents des autres. Des caractéristiques motivationnelles et socio affectives peuvent aussi être prise en compte pour distinguer les EHP des autres enfants. Il apparaît donc utile d’envisager une approche multidimensionnelle pour caractériser les enfants à haut potentiel. Plusieurs auteurs ont ainsi développé des approches du haut potentiel sur la base de plusieurs dimensions ou domaines. Renzulli (2002) par exemple, propose le « modèle des 3 anneaux » où les capacités, la créativité et l’engagement sont des composantes nécessaires à l’identification du haut potentiel.

Des typologies

Au final, l’existence de ces perspectives qualitatives indiquent que les enfants à haut potentiel ne forment pas un groupe homogène : puisque différentes caractéristiques existent, il apparaît difficile de déterminer un profil unique d’EHP (Pereira-Fradin, 2006). Certains auteurs proposent ainsi des typologies distinctes pour décrire ces enfants. Meecker (1979) propose par exemple de distinguer les EHP présentant un raisonnement divergent (i.e. orientés vers plusieurs solutions possibles à un problème) des EHP avec un raisonnement plutôt convergent. Betts et Kercher (1999) propose six profils possibles d’EHP en fonction de leurs réussites scolaires : EHP performants, EHP extravertis et créatifs, EHP à haut potentiel inhibés, EHP sous réalisateurs, EHP avec troubles, EHP autonomes.

1. Betts, G. & Kercher, K. (1999). Autonomous Learner Model : Optimizing Ability. Greeley, CO : ALPS. 2. Gardner, H. (2004). Lee intelligences multiples. Paris, Retz. 3. Meeker, M. N. (1979). Curriculum guide for the gifted. California Departement of Education, Sacramento , Californie 4. Pereira-Fradin, M. (2006). Les enfants à haut potentiel et l’école. A.N.A.E., 87, 28-31 5. Renzulli, J. S. (2002) Emerging conceptions of giftedness : building a bridge to the new century,. Exceptionality, 10, 67–75 6. Sternberg R. J. (1988). The triarchic Mind : A new theory of human intelligence. New-York, Viking-pinguin. 7. Tannenbaum, A. J. (1986). Giftedness : A psychosocial approach. In R. J. Sternberg & J. E. Davidson (Eds.), Conceptions of giftedness (pp. 21-52). New York : Cambridge University Press. 8. Thorndike, R.K. (1920). « Intelligence and Its Uses », Harper’s Magazine 140, 227-335