Archives mensuelles : février 2015

Foire Aux Questions (F.A.Q.)

La thématique du haut potentiel soulève plusieurs questions importantes. Certaines n’ont pas, et ne trouveront peut-être pas de réponses définitives. Ci-dessous nous apportons quelques points de réponses aux interrogations que nous considérons comme les plus problématiques. Partie du site en cours de construction

Identification des enfants à haut potentiel

Quel critère utilise t-on pour identifier un enfant à haut potentiel ?

Actuellement, en France, le principal critère utilisé pour identifier un enfant à haut potentiel est le Quotient Intellectuel (Q.I.) fondé sur la définition de l’intelligence de Weschler. En 2002, le rapport Delaubier indiquait que le test d’intelligence le plus utilisé pour évaluer le Q.I. était le Weschler Intelligence Scale for Children version III – WISC III (1996). Depuis 2006, une nouvelle version de cette mesure (le WISC IV) a été éditée et rend ainsi la précédente version obsolète. Notons qu’en dépit de cette prépondérance d’une conception unitaire et globale de l’intelligence dans l’identification du haut potentiel, des approches alternatives multidimensionnelles tendent à se développer et à être de plus en plus prise en compte (voir question/réponse ci-dessous).

Qu’est ce qu’un Quotient Intellectuel ? Quelles sont les normes associées ?

A l’origine de sa définition, le Q.I. établissait le rapport entre l’âge

mental et l’âge réel d’un enfant. (Stern, 1912). Il faisait donc référence à un niveau de développement et permettait de conclure si un enfant était ou non en avance par rapport à sa classe d’âge (notion de précocité intellectuelle). Avec Weschler (1939), ce Q.I. de développement a été délaissé au profit d’un nouvel indice appelé Q.I. standard. Ce nouveau Q.I. est l’indice psychométrique qui sert actuellement de principal critère d’identification des enfants à haut potentiel. A l’origine de ce quotient intellectuel standard il y a la volonté de Weschler (1956) de créer une « métrique » permettant de classer les individus d’un même groupe d’âge les uns par rapport aux autres. Il ne permet donc plus de déterminer une avance ou un retard de développement mais de classer les enfants par rangs en fonction de leurs performances intellectuelles et de leur classe d’âge. Par construction statistique, il été décidé que le Q.I. standard moyen a pour valeur 100. De même, il a été décidé que chaque niveau intellectuel (chaque rang/classe) est séparé par un écart (écart-type) d’une valeur de 15 points. Ainsi un enfant ayant un Q.I. de 115 est un enfant qui se situe à un écart-type au dessus du niveau moyen. Le graphe ci-dessous représente la distribution théorique de l’intelligence globale et donc du Q.I. dans la population. Cette distribution « normale » montre que la majorité des enfants issus de la population générale présentent un Q.I. autour de la valeur 100 et que rares sont les enfants présentant des Q.I. à valeurs extrêmes (Q.I. = 55 ou Q.I. = 145).

En règle générale, dans la pratique, on considère qu’un enfant dont le Q.I. est au moins égal à 130 est un enfant à haut potentiel car son niveau de performance le situe deux écart-types au dessus du Q.I. moyen. Cette règle doit être nuancée par un examen attentif du profil de résultats de l’enfant. Par ailleurs, le psychologue doit tenir compte de ce que nous appelons l’erreur de mesure inhérente à toute évaluation psychologique en précisant un intervalle de confiance qui situe le résultat de l’enfant dans une fourchette de valeurs probables.

Existe-t-il des méthodes d’identification alternatives ?

La démarche d’identification basée sur la seule mesure du Q.I. correspond à une approche algorithmique : à partir d’un indice quantitatif sélectionné on pose un seuil qui servira de critère d’identification (par exemple un Q.I. égal à 130). Deux autres approches moins répandues existent néanmoins.

Une approche clinique ne s’appuiera pas uniquement sur un critère quantitatif strict mais proposera en supplément une analyse qualitative des caractéristiques de l’enfant. Ainsi la mesure du Q.I. pourra être complétée par des entretiens cliniques et/ou par l’administration d’autres outils. Des mesures projectives de personnalité sont parfois utilisées pour évaluer les motivations et la personnalité de l’enfant.

Une approche « cybernétique »se fonde sur la sélection d’enfants susceptibles d’intégrer des programmes éducatifs spécifiques. Cette identification se déroule en deux étapes. Dans un premier temps des enfants reconnus comme très performants et très compétents dans un milieu scolaire classique sont choisis pour suivre un programme pédagogique différencié. Dans un second temps, les résultats scolaires recueillis à l’issue de ce programme servent à valider/confirmer le haut potentiel de ces enfants.

Quel est le pourcentage d’enfants à haut potentiel ?

D’un point de vue théorique, et d’après la distribution statistique du Q.I., il est attendu que 2,3% des enfants d’une classe d’âge obtiennent un Q.I. moyen supérieur à 130. Compte tenu des critères en usage en France, ils sont alors identifiés comme des enfants présentant un haut potentiel. Pour estimer plus précisément à combien d’individus correspond ce pourcentage de 2.3%, il suffit dès lors de connaître le nombre d’enfants appartenant à une classe d’âge donnée.

Description des enfants à haut potentiel

Existe-t-il un lien entre le haut potentiel et la créativité ?

Dans le domaine de la psychologie scientifique, la créativité est définie comme la production d’idées nouvelles, originales et adaptées. Des théories récentes supposent que le haut potentiel ne correspond pas uniquement à un niveau d’intelligence supérieur à la moyenne mais réfère aussi à une plus grande créativité (Treffinger, 1980 ; Ziegler & Heller, 2000). Il est en fait considéré que la créativité est une forme particulière de haut potentiel. Ainsi Freeman (1997), dans une étude longitudinale regroupant 169 enfants à haut potentiel suivis pendant 27 ans, montre l’existence de deux types d’EHP : les enfants diplômés à « haut potentiel académique » et les enfants « créatifs ». Ces enfants se distingueraient au niveau de leur intérêt/motivation, de leurs traits de personnalité, de leur intégration dans l’école et de leur environnement. Malgré ces informations, rares sont les démarches cliniques et scientifiques intégrant l’évaluation des compétences créatives des enfants à haut potentiel. Une enquête menée aux Etats-Unis montre que sur 418 circonscriptions d’école examinées, 70 % adhèrent à l’idée que la créativité fait partie du haut potentiel, mais seules 35 % d’entre elles intègrent des mesures de créativité dans les procédures d’identification du haut potentiel.

Enfants à haut potentiel en difficulté

Qu’est ce qu’un enfant dit « sous-réalisateur » (underachiever en anglais) ?

La sous-réalisation correspond à un décalage entre le potentiel de l’enfant et ses performances. Mais la sous-réalisation ne signifie pas obligatoirement que les résultats obtenus à l’école sont inférieurs au niveau moyen de la classe d’âge à laquelle l’enfant à haut potentiel appartient.

Qu’est ce que la Dyssynchronie ?

La dyssynchronie décrit le ressenti vécu par certains enfants à haut potentiel. En effet, ces derniers ont un développement intellectuel rapide ; cependant, la sphère cognitive n’est pas la seule à prendre en considération. Or, ces enfants présentent souvent un décalage entre leur développement affectif et leur maturation psychomotrice qui est moins avancée ; c’est ce que l’on nomme dyssynchronie interne. Par ailleurs, il arrive que les acteurs de l’environnement scolaire et parfois même les parents attendent des enfants à haut potentiel un comportement dans la norme de leur âge ; ces enfants ressentent ce qui est attendu d’eux mais n’arrivent pas toujours à cette norme. Ainsi, le décalage entre ce que l’on attend d’eux et ce qu’ils sont correspond à la dyssynchronie sociale. De multiples difficultés peuvent ainsi résulter de leur développement hétérogène et de l’incompréhension de leur environnement.

Prise en charge

Existe-t-il des stratégies pédagogiques adaptées aux enfants à haut potentiel ?

Il existe plusieurs mesures pédagogiques pour les enfants à haut potentiel, notamment : L’accélération : on distingue deux types de parcours accéléré (1) le saut de classe ; (2) le programme compacté c’est-à-dire que le programme scolaire normal est proposé en un nombre d’années moindre ; L’enrichissement : le but de ces programmes est de tirer profit de la progression plus rapide des enfants à haut potentiel pour leur proposer des activités qui ne figurent pas dans les programmes scolaires mais dont on pense qu’elles leur seront utiles pour réaliser leur potentiel (créativité, réflexion sur les métiers…)

Ces stratégies existent-elle en France ?

L’accélération existe en France, principalement le saut de classe. Pour l’enrichissement, il est plus difficile d’y avoir accès. Cependant, certains établissements (principalement privés) proposent des programmes spécifiques pour les enfants à haut potentiel qui peuvent comporter des parcours compactés ou des activités d’enrichissement. Pour de plus amples informations, il est possible de se référer à l’article écrit par Vrignaud (2003) dans « Psychologie différentielle : recherches et réflexions » (pp.117-121).